Leurs mots sur mes maux. (Bienvenue)

Elles sont nombreuses les têtes pensantes, les cœurs cabossés et les âmes torturées (oui, le féminin l’emporte) à traduire mes angoisses existentielles, à mettre des mots sur les maux , à devenir la lanterne dans ma propre obscurité. Hommage, sur ces pages, à tous les artistes de leur propre vie qui m’inspirent espérance et créativité.
N’hésite pas à partager de bonnes références littéraires si tu en as !
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Être enfin plus connectée au monde.

[…] Je me suis ouverte aux autres. Mais la plupart du temps, je dialogue avec moi-même. Pourtant, je me sens moins à part, moins différente des autres aujourd’hui. J’ai l’impression d’être enfin plus connectée au monde. C’est rassurant. J’arrive à analyser ma vie depuis mon adolescence avec suffisamment de détachement désormais.

(Réponse à la question : Tu nous disais il y a quelques années que tu passais “beaucoup de temps dans (ta)tête”. Est-ce toujours le cas ?)

Extrait de l’article des Inrockuptibles [JD Beauvallet] du 04/07/17 intitulé « Lana Del Rey : “J’ai brûlé tous les ponts pour la musique

Le duduk ou l’extase de la mélancolie.

[… ]Une toute petite flûte en bois d’abricotier avec un grand pouvoir … Jivan Gasparian et son instrument : le duduk.

(…) L’histoire des instruments de musique nous enseigne que de tous temps, les hommes, ont cherché à se rapprocher de la voix humaine, comme si celle ci était la référence ultime, l’instrument des instruments. S’il est un instrument qui rivalise avec l’expressivité de votre voix , avec la chaleur de vos graves, c’est sans nul doute le duduk. Il se rapproche à s’y méprendre du son d’une femme qui pleure d’extase.

(…) Avec sa hanche de hautbois, le doudouk exhale le parfum d’une âme, il exprime la quintessence d’une plainte, il se plait à moduler sans fin les modes d’orient, ces fameux maqams, ces gammes qui portent en elles mélangées le majeur et le mineur, la joie et la tristesse. Le blues n’est pas né dans les champs de coton du Mississippi, il est né bien avant, de la première plainte du premier homme.

(…) Plus fort que la lamentation, le duduk exprime l’extase de la mélancolie. La mélancolie, la seule religion qui rassemble les peuples déchirés d’Orient. Alors célébrons là dans la joie ce matin. Jivan Gasparian est le maître incontesté de ce petit instrument arménien qui a plus de pouvoir que toutes les motions qui ne pourront jamais faire reconnaître le génocide arménien par l’Etat turc.

A près de 90 ans, l’homme qui a joué devant Staline et Kennedy enregistre son dernier disque, il le jouera avec son petit fils qui prend le relai, au Théâtre de l’Athénée ce soir à Paris. Pour ceux qui n’auront pas la chance d’y être, l’album sort bientôt, il s’appelle Yeraz.

Extrait de l’article de France Inter. Emission « Pop & Co » de ce lundi 30 octobre 2017.

 

Lorsque la mélancolie pathologique devient mélancolie créatrice.

[…] Le jardin, comme « hétérotopie » semble par essence le lieu « où dort la mélancolie » (Apollinaire). On peut le considérer dans une visée thérapeutique : s’y promener, le contempler apaise et libère l’âme ; en prendre soin signifie exercer une activité humaine et sociale fondamentale et « universelle ». Dès les Lumières, le jardin devient ainsi un élément de politique hygiéniste. La médecine et la psychiatrie s’en servent à des fins thérapeutiques. Ou on  peut lui donner une place dans une œuvre d’art. Là aussi son rôle est intimement lié à la mélancolie, il peut agir comme une drogue, comme un remède, il peut être le lieu de la réflexion, de la prise de distance par rapport à la réalité, il peut mettre en évidence le lien entre la beauté et la mort, ou simplement séduire par la réponse que son silence éloquent oppose à la violence du monde des humains : il est toujours l’espace dans lequel on vit à la fois librement sa mélancolie et celui où on peut s’en libérer, voire en guérir, celui où la mélancolie pathologique peut se transformer en « mélancolie douce », celui où la mélancolie devient créatrice. Le jardin peut même éveiller le désir de la métamorphose, le désir de devenir plante, car la plante y devient perceptible comme l’image, voire le modèle de la puissance de ce qui n’aspire pas au pouvoir. Voilà quelques pistes de réflexion autour du jardin et la mélancolie.

Extrait d’un article du site « fabula » [La recherche en littérature] du 29/10/17, présentant l’ouvrage « Jardin et mélancolie en Europe entre le XVIIIe s. et l’époque contemporaine ».

La mélancolie est une maladie qui permet de voir les choses comme elles sont.

[…] Le deuil, la révolte, la quête de sens, l’oeuvre poétique de Gérard de Nerval (« Les Chimères« , « Aurélia« ) a été fortement marquée par tous ces thèmes qui ont façonné son itinéraire littéraire. Ses poèmes exercent une fascination qui tient de la magie, avec leurs parfums secrets.

Extrait d’un extrait d’article de France Culture [04/07/2017] présentant une conférence enregistrée en 2016 : Nerval et la quête de l’étoile : des « Chimères » à « Aurélia ». 

Un frisson de tendresse et de mélancolie.

[…] Comme j’ai déchu de moi-même depuis l’an dernier ! J’ai perdu l’innocent bonheur de remuer, de grimper, de bondir comme Fanchette… Fanchette ne danse plus, à cause de son ventre lourd. Moi, tête lourde, mais je n’ai pas de ventre heureusement.

Je lis, je lis, je lis. Tout. N’importe quoi. Je n’ai que ça pour m’occuper, pour me tirer d’ici et de moi. Je n’ai plus de devoirs à faire. Et si je n’explique plus, en composition de style, deux fois par an au minimum, pourquoi « l’oisiveté est la mère de tous les vices », je saurais mieux comprendre comment elle en engendre quelques-uns.

Extrait du livre de [Sidonie-Gabrielle] Colette, Claudine à Paris. (1957)

Mélancolie heureuse et bons vivants.

[…] Sans limites et sans règles
Sans mythes et sans oseille
On avance dans le brouillard
Guidés par nos plus grands espoirs
Sans pères et sans envies
Sans tune, mais en vie
Chaque pas dans le noir
Est freiné par le blizzard
Mais on ne faiblit pas
On entretient cette vie de roots
De dépendance en dépendance
On dépend de notre propre déroute
La vie est belle, on en profite
Je m’en foutiste quitte que coûte
A cinq, à mille sur un scoot
Un platane mettra fin à nos doutes
C’est une jeunesse éternelle
Qui rêve tout bas
Qui rend sa vie plus belle
Chaque jour ici bas
(…)
Extrait de la chanson « Bons vivants« , du premier album de Tim Dup : Mélancolie heureuse (27/10/17).

Remède à la mélancolie selon Jakuta.

[…] Je laisse la mélancolie me traverser et je la mets dans mes livres.

(…) Churchill et son poney, des fantômes littéraires, le détective Philip Marlowe et bien d’autres aventuriers .. Voici quelques-uns des remèdes de Jakuta Alikavazovic.

Extrait de l’article de France Inter, émission « Remède à la mélancolie« , de ce 29 octobre 2017.

Howard Phillips Lovecraft.

[…] Je suis si las de l’humanité et du monde que rien ne peut m’intéresser à moins de comporter au moins deux meurtres par page, ou de traiter d’horreurs innommables provenant d’espaces extérieurs.

(…) Nous avons besoin d’un antidote souverain contre toutes les formes de réalisme.

(…) Je ne suis qu’à moitié vivant ; une grande partie de mes forces se dépense à s’asseoir et à marcher ; mon système nerveux est dans un état de délabrement total, et je suis complètement abruti et apathique, sauf quand je tombe sur quelque chose qui m’intéresse particulièrement.

Extrait du livre « H.P. Lovecraft : Contre Le Monde, Contre La Vie » de Michel Houellebecq.

La dure lutte du scarabée poète chômeur.

[…] Un poète mort n’écrit plus. D’où l’importance de rester vivant.

Ce raisonnement simple, il vous sera parfois difficile de le tenir. En particulier au cours des périodes de stérilité créatrice prolongée. Votre maintien en vie vous apparaîtra, dans ces cas, douloureusement inutile ; de toute façon, vous n’écrirez plus.

A cela, une seule réponse : au fond, vous n’en savez rien. Et si vous vous examinez honnêtement, vous devrez finalement en convenir. On a vu des cas étranges.

Si vous n’écrivez plus, c’est peut-être le prélude d’un changement de forme. Ou d’un changement de thème. Ou des deux. Ou c’est peut-être, effectivement, le prélude de votre mort créatrice. Mais vous n’en savez rien. Vous ne connaîtrez jamais exactement cette part de vous-même qui vous pousse à écrire. (…) Devant votre ignorance, devant cette part mystérieuse de vous-même, restez honnête et humble.

Non seulement les poètes qui vivent vieux produisent dans l’ensemble d’avantage, mais la vieillesse est le siège de processus physiques et mentaux particuliers, qu’il serait dommage de méconnaître.

Cela dit, survivre est extrêmement difficile. On pourra pensée à adopter une stratégie à la Pessoa : trouver un petit emploi, ne rien publier, attendre paisiblement sa mort.

En pratique, on ira au-devant de difficultés importantes : sensation de perdre son temps, de ne pas être à sa place, de ne pas être estimé à sa vraie valeur … tout cela deviendra vite insoutenable.

L’alcool sera difficile à éviter. En fin de compte l’amertume et l’aigreur seront au bout du chemin, vite suivies par l’apathie, et la stérilité créatrice complète.

Cette solution a donc ses inconvénients, mais c’est en général la seule. Ne Pas oublier les psychiatres, qui disposent de la faculté de donner des arrêts de travail. Par contre, le séjour prolongé en hôpital psychiatrique est à proscrire : trop destructeur. On ne l’utilisera qu’en dernier ressort, comme alternative à la clochardisation.

Les mécanismes de solidarité sociale (allocation chômage, etc.) devront être utilisée à plein, ainsi que le soutien financier d’amis plus aisés. Ne développez pas de culpabilité excessive à cet égard. Le poète est un parasite sacré.

Le poète est un parasite sacré ; semblable aux scarabées de l’ancienne Egypte, il peut prospérer sur le corps des sociétés riches et en décomposition. Mais il a également sa place au cœur des sociétés frugales et fortes.

Vous n’avez pas à vous battre. Les boxeurs se battent ; par les poètes. Mais, quand même, il faut publier un petit peu ; c’est la condition nécessaire pour que la reconnaissance posthume puisse avoir lieu. Si vous ne publiez pas un minimum (ne serait-ce que quelques textes dans une revue de second ordre), vous passerez inaperçu de la postérité ; aussi inaperçu que vous l’étiez de votre vivant. Fussiez-vous le plus parfait génie, il vous faudra laisser une trace ; et faire confiance aux archéologues littéraires pour exhumer le reste.

Cela peut rater ; cela rate souvent. Vous devrez au moins une fois par jour vous répéter que l’essentiel est de faire son possible.

L’étude de la biographie de vos poètes préférez pourra vous être utile ; elle devrait vous permettre d’éviter certaines erreurs.

Dites-vous bien qu’en règle générale il n’y a pas de bonnes solution au problème de la survie matérielle ; mais il y en a de très mauvaises.

Le problème du lieu de vie ne se posera en général pas ; vous irez où vous pourrez. Essayez simplement d’éviter les voisins trop bruyants, capable à eux seuls de provoquer une mort intellectuelle définitive.

Une petite insertion professionnelle peut apporter certaines connaissances, éventuellement utilisables dans une œuvre ultérieure, sur le fonctionnement de la société.

Mais une période de clochardisation, où l’on plongera dans la marginalité, apportera d’autres savoir. L’idéal est d’alterner.

D’autres réalités de la vie, telles qu’une vie sexuelle harmonieuse, le mariage, le fait d’avoir des enfants, sont à la fois bénéfiques et fécondes. Mais elles sont presque impossibles à atteindre.

Ce sont là, sur le plan artistique, des terres pratiquement inconnues. D’une manière générale, vous serez bringuebalé entre l’amertume et l’angoisse. Dans les deux cas, l’alcool vous aidera. L’essentiel est d’obtenir ces quelques moments de rémission qui permettront la réalisation de votre œuvre. Ils seront brefs ; efforcez-vous de les saisir.

N’ayez pas peur du bonheur ; il n’existe pas.

Extrait (que je n’ai pas eu le cœur de tronquer. On peut avoir des problèmes pour ça non? ^^) de l’œuvre de Michel Houellebecq « Rester vivant » [1991]. >> Autres extraits ici.

Ressentiment et création artistique.

[…] La timidité n’est pas à dédaigner. On a pu la considérer comme la seule source de richesse intérieure ; ce n’est pas faux. Effectivement, c’est dans ce moment de décalage entre la volonté et l’acte que les phénomènes mentaux intéressants commencent à se manifester. L’homme chez qui ce décalage est absent reste proche de l’animal. La timidité est un excellent point de départ pour un poète.

Développez en vous un profond ressentiment à l’égard de la vie. Ce ressentiment est nécessaire à toute création artistique véritable.

Parfois, c’est vrai, la vie vous apparaîtra simplement comme une expérience incongrue. Mais le ressentiment devra toujours rester proche, à portée de main – même si vous choisissez de ne pas l’exprimer.

Et revenir toujours à la source, qui est la souffrance.

Lorsque vous susciterez chez les autres un mélange de pitié effrayée et de mépris, vous saurez que vous êtes sur la bonne voie. Vous pourrez commencer à écrire.

Extrait de l’ouvrage « Rester vivant » de Michel Houellebecq (1991). >>Autres extraits ici.